vendredi 14 décembre 2018

Crise ou mutation ?

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Nombreux sont les commentateurs qui évoquent une crise environnementale ou écologique au sujet du climat tandis que d'autres parlent d'une crise sociale au sujet du mouvement des Gilets Jaunes.  

C'est plus grave que cela. 

C'est la vieille société issue de la Révolution industrielle qui n'en finit pas de disparaître. Certains tentent de la reconstruire à l'identique depuis des décennies, le dernier d'entre-eux le démontre fort bien dans son livre* "Révolution"... 

Mais nous sommes en présence d'une mutation sans précédent avec la révolution technologique qui a libéré l'homme du travail, la révolution numérique qui change le quotidien de nos vies et de nos relations professionnelles et humaines avec en plus la question environnementale (le climat entre autres, mais surtout l’artificialisation des sols, la question énergétique, de l'eau, de la biodiversité,...) conséquence des modes de production de l'ère industrielle.

 Alors oui nous sommes en présence d'un changement (ou une mutation) de civilisation (et non pas un effondrement).

La question est de savoir comment va être construite cette civilisation : selon les vieilles règles du capitalisme sauvage ou selon les intérêts des peuples. C'est tout l'enjeu d'un mouvement comme celui des Gilets Jaunes même si ces derniers n'en ont peut être que l'intuition, derrière leurs colères, leurs excès, leurs maladresses. C'est aussi l'enjeu des mouvements écologistes quand ils ne perdent pas de vue la question sociale.

* Emmanuel Macron, Révolution, XO, 2016




mercredi 12 décembre 2018

Des évêques et des Gilets Jaunes



Quelques réactions d'évêques ont particulièrement attitré mon attention.

Celle de Monseigneur Xavier MALLE qui dans un message aux chrétiens du diocèse de Gap rappelle que "La justice sociale doit être la matrice de l’économie. Et non le salaire indécent du chef d’entreprise d’une entreprise automobile française qui défraie la chronique actuellement."
Il propose plusieurs critères de discernement au sujet du mouvement des Gilets Jaunes :
1) Écouter ce que dit le peuple.
2) Écouter le peuple de la ruralité.
3) Écouter le peuple de la “classe moyenne”.
4) Renoncer à la violence et appeler au dialogue sincère.
5) Entendre la nécessité de changer notre mode de vie.
6) Accompagner.
7) Ne pas pénaliser l’économie locale.
8) Prier pour la France et ses dirigeants.

Pour lire le message en totalité, cliquer ici.

Monseigneur Denis MOUTEL, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier,  dans son édito "Lumière de l’Avent pour un temps de crise" évoque "La justice comme chemin de la paix. « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » (Isaïe 2,4) Dans ce texte prophétique, les faucilles et le soc évoquent le travail, mais nous assistons justement à l’exaspération de ceux qui voient stagner le fruit de leur travail tandis qu’augmentent les dividendes versés dans les grandes entreprises ou des salaires déjà très élevés. L’expérience de la précarité et le sentiment d’abandon rendent plus insupportables ces écarts vécus comme des injustices. Il n’y a pas de paix sans justice."

Pour lire l'édito en totalité, cliquer ici. (lien PDF)

Monseigneur Bernard GINOUX, évêque de Montauban, a rendu visite aux Gilets Jaunes : "«Habituellement, sur le bord de la route, on porte un gilet jaune quand on est en détresse. Là, c’est la même chose : ils sont en détresse ». « Rien que le fait de les voir passer leur dimanche sous la pluie doit nous interroger ! L’Église doit aller les voir, les écouter. Certains me diront que je suis manipulé, que ce sont des extrêmes. Mais qu’ils aillent voir cette misère ! Elle en dit plus que toutes les analyses intellectuelles sur ce mouvement »"
Dans un message adressé aux Catholiques et aux habitants de Tarn-et-Garonne qui souffrent de l’injustice sociale Monseigneur GINOUX demande  de « Rendre leur dignité aux travailleurs » : 
"[...] je veux porter ce message à vous qui vous sentez écrasés, méprisés, humiliés par un système économique et politique où l’être humain est rejeté au nom du profit et de l’argent. La première violence vient des situations qui, dans la vie économique et politique, attentent à la dignité de la personne, à la justice et à la solidarité. [...]  Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui nos anonymes Gilets Jaunes à crier leur souffrance ? C’est de voir une société de plus en plus livrée au profit, à la rentabilité, à la  performance. [...]
L’être humain n’est pas une machine au service d’un système économique.
La crise que nous vivons vient essentiellement du manque d’humanité de nos sociétés technocratiques.
Il est nécessaire de refonder la relation entre le travail et le capital, de rendre à nos concitoyens un moyen de participation aux décisions économiques et financières que le jeu politique ne permet pas. Il est urgent que l’autorité politique, aujourd’hui beaucoup trop soumise au pouvoir de la finance, engage sa responsabilité pour la promotion du droit au travail, en soutenant des entreprises, en stimulant les créations d’emploi, en répondant par des actes au cri de souffrance que nous entendons. La main tendue et le cœur à l’écoute sont nécessaires. [...]

Pour lire le message en totalité, cliquer ici.

dimanche 2 décembre 2018

Ecologie politique : mon panthéon personnel


De gauche à droite et de haut en bas
Ivan Illich 1926 - 2002
André Gorz/Michel Bosquet 1923 - 2007
Jacques Ellul 1912 - 1994
Bernard Charbonneau 1910 - 1996


Bio ou pas bio ?

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Il y a presque trente ans, un des pionniers de l'écologie, Bernard Charbonneau s'exprimait dans son ouvrage "Sauver nos régions"* sur l'agriculture biologique. Il lui reconnait un mérite : "elle a préconisé la remise en pratique de procédés respectueux de la nature et des sols comme l’assolement, l’emploi du fumier et des amendements, l’association de l’agriculture à l’élevage, la polyculture, qui existaient avant que le développement de la monoculture, des cultures et des élevages « hors sol » au nom d’une productivité purement quantitative, n’aient annulé le progrès agricole du XIX siècle"

Mais surtout Bernard Charbonneau  alertait l'opinion sur la fausse bonne idée qu'est l'agriculture bio
"Demandant plus de travail pour des rendements ordinairement plus faibles, l’agriculture bio est obligée de vendre ses produits nettement plus cher que les autres. Elle s’enferme ainsi dans un ghetto qui écoule sa marchandise dans la bourgeoisie. Cette production marginale ne concurrence donc en rien celle de l’agrochimie qui est prête à l’intégrer dans son système en lui accordant un label de « produit naturel » décerné par le service dit « des fraudes » parce qu’il sert les fraudeurs industriels du faux poulet ou du faux pain. Et un beau jour, déjà proche, les trusts-de-la-bouffe-lourde complèteront la gamme de leur production en réservant un banc à l’agriculture biologique dans leurs supermarchés."

Le "beau jour, déjà proche"  est arrivé, nous pouvons voir des rayons dédiés au bio dans les super ou hypermarchés.
Plus grave, pour Bernard Charbonneau,  les différences sociales sont creusées par l'agriculture bio : "Celle-ci jouera ainsi dans l’alimentation le même rôle que le parc national dans le tourisme : la réserve alimentaire justifiera l’abandon de tout le reste à l’industrie. Comme c’est déjà le cas pour certains produits, comme le vin, elle contribuera à faire éclater le marché entre le secteur de la qualité d’appellation contrôlée pour les riches et de la quantité non-contrôlée pour les pauvres."

La solution est donc ailleurs, certainement dans le développement des circuits courts, bio ou non, car moins il y a de transports et moins il y a besoin d'agrochimie, et dans l'agriculture de conservation qui tente de concilier rendements corrects - qui permettent aux producteurs de vivre - et respect des terres cultivées.


* Bernard Charbonneau, Sauver nos régions. Écologie, régionalisme et sociétés locales, Sang de la Terre, 1991

mercredi 7 novembre 2018

Aliénation ou émancipation ? That is the question!



J'ai compris l'origine de mon agacement au sujet des débats en cours sur le prix des carburants. Débattre 
du prix des carburants, c'est traiter des enjeux écologiques par le petit bout de la lorgnette. Comprendre le monde à partir d'une grille de lecture écologiste, ce n'est pas se limiter au climat ou à une quelconque prophétie de fin du monde. 

Ma grille de lecture vient d'un des pères de l'écologie politique, Ivan Illich. Il parlait d'outils, d'aliénation ou à l'inverse d'autonomie et d'émancipation. Un outil convivial est un outil au service de l'individu*.

La voiture est un outil, d'une façon générale un moyen de transport est un outil.
Or pour Illich, la question a toujours été : l'outil est-il au service de l'Homme (dans ce cas il y a autonomie et émancipation) ou est-ce l'Homme qui est au service de l'outil (dans ce cas il y a aliénation des individus).

Or dans tous les "yaka fokon" que je lis depuis quelques temps chez les tenants de "changements de mode de vie" et qui soutiennent les hausses des prix des carburants, je n'aperçois aucune émancipation de l'individu. Au contraire, ce sont des aliénations qui en remplacent d'autres, qu'on appelle cela covoiturage, transports en commun ou n'importe quoi d'autre. Quitter les bouchons d'un périphérique pour aller s'entasser dans une ligne de métro aux heures de pointe n'a aucun sens du point de vue écologique au sens illichien du terme. L'individu est toujours asservi au système économique. Sa vie quotidienne n'en est pas améliorée.

Je pense même que les transports en commun peuvent asservir davantage dès lors que les trajets sont plus longs en temps, épuisants physiquement et nerveusement. 

En fait le sujet du carburant, plus largement celui de la place de l'automobile, des moyens de transports, en commun ou non, interrogent la mobilité des individus et le sens de cette mobilité. La mobilité est-elle un asservissement, une aliénation à un système ou au contraire un moyen d'émancipation des individus ? Cette question dépasse largement le sujet de la fiscalité verte et autres taxes carbones qui font de l'écologie l'idiote utile du capitalisme (rappelons que les transports symboliques de la mondialisation - les transports aériens et maritimes - en sont exemptés..., ce qui limite la portée et l'efficacité des COP).

Cette question est au coeur de la pensée écologiste. Il ne sera jamais possible de la poser et d'en débattre et encore moins d'y répondre tant que certains ressasseront leurs obsessions effondrementalistes ou collapsologiques. En ne raisonnant qu'en terme de fiscalité et de taxe carbone, les mêmes sont devenus les alliés objectifs d'un système économique qu'ils étaient censés combattre.

Alors ce serait bien pour l'écologie, la planète et les individus, de revenir aux fondamentaux :"Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens.Ivan Illich "Energie et équité" 1973


* Ivan Illich, La Convivialité, Seuil, 1973

vendredi 7 septembre 2018

The Lost Man



L'album et son titre ont été inspirés par la photographie utilisée pour la pochette. Il s'agit des doutes, des interrogations et de l'angoisse d'un homme sur l'évolution du monde, sur la vie, sur son sens, sur ce qu'il croit et sur ce qu'il pense. Si le premier morceau est sombre et violent, le dernier ouvre une porte d'espérance.
Tous les morceaux ont été composés, arrangés, interprétés et enregistrés par Pat Pik (Patrick Pique), en mars et avril 2018. Il s'agit de musique électronique, essentiellement dans le style "Ambient", voire Dark Ambient.

Photographie © Pascal Mazzola



mardi 4 septembre 2018

François de Rugy



Bon courage et bonne chance à François de Rugy, nouveau ministre de la transition écologique.

Pour mémoire, la nomination de Nicolas Hulot : cliquer ici 


lundi 3 septembre 2018

La nature et ses surprises

L’image contient peut-être : plante, plein air et nature


Avec la nature tout est possible, y compris l'inattendu, même si quelques conditions doivent être réunies pour qu'il surgisse. Ainsi ce plant de tomate qui a poussé seul dans mon jardin. Je ne l'ai pas planté, ne l'ai pas entretenu, taillé ou traité, j'ai seulement placé un tuteur lorsqu'il a grandi et commencé à donner des fruits. 
Pourtant il est bien mal placé, à mi-ombre, au milieu d'adventices et de salades montées en graines, de choux pas très bien placés non plus, dans un coin que j'ai délaissé tout au long de l'été en fait.
D'où vient-il ? Il se trouve à l'ancien emplacement du tas de compost que j'ai déplacé. Il devait donc s'y trouver des restes de tomates. La nature a fait le reste. 
Donc même sans l'homme, ça pousse. De fait ça pousse encore mieux avec l'intervention humaine appropriée.
Cette petite observation autorise  donc à oser l'espérance dans le domaine de l'écologie, loin du pessimisme des collapsologues et autres effondrementalistes.



lundi 27 août 2018

Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es.


A propos de la polémique provoquée par les propos du pape François prononcés lors de la conférence de presse dans l'avion du retour de Dublin.
"Faire le point" comme a dit le pape, cela veut dire comprendre une situation, pas la modifier de force.
Quand il y a un problème dans une famille, qui génère des problèmes de communication, une crise familiale, quelle qu'en soit l'origine, et qu'il y a des enfants concernés, le médecin que l'on voit dans ces cas-là s'appelle un pédopsychiatre.
Ce sont les pédopsychiatres qui dirigent les centres médico-psychologiques (CMP). Ce sont eux qui mènent les thérapies familiales pour retisser les liens quand ils sont abîmés ou rompus entre parents et enfants.
Je dirai même que c'est archaïque que d'avoir peur du mot psychiatre. Lorsqu'il y a des soucis dans une famille au point qu'elle aille mal, il n'y a pas de honte à faire appel à des thérapeutes pour se faire aider à aller mieux. Peu importe que ce soit des psychiatres, psychologues, psychanalystes... En France tout ce ce qui commence par "psy" suscite la suspicion ou la honte.
Voir quelqu'un comme Marcel Rufo, ça fait donc encore peur au XXIème siècle ?
Dans la vie il y a des familles où la découverte de l'homosexualité se passe mal, c'est regrettable, mais c'est ansi. Ce sont ces familles-là que le pape visait et il a raison en disant de leur conseiller de "se faire aider". Non pas pour soigner l'homosexualité mais pour aider à renouer ou permettre le dialogue pour que l'enfant ne soit pas rejeté par sa famille.
C'est ça l'enjeu.
Pape François1 «Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, comme tu es. Je suis ton père ou ta mère : parlons. Et si vous, pères et mères, vous ne vous en sortez pas, demandez de l’aide, mais toujours dans le dialogue. Parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille.»

mercredi 15 août 2018

Le jour du dépassement me dépasse...

https://ourworldindata.org/wrong-about-the-world


L'événement de chaque été, c'est le jour du "dépassement".  Cela me dépasse. J'en déjà parlé sur ce blog, ici.
J'ai eu l'occasion au cours de ce bel été de réfléchir et de lire des articles ou des ouvrages sur ce sujet.  
J'ai ainsi eu l'occasion de découvrir la notion - mal traduite - d'"ignorance globale", que l'on ferait mieux de désigner par la traduction littérale de "vision dramatisée du monde" ou "vision pessimiste du monde" et qui a été définie notamment par Hans Rosling, un statisticien suédois. 
On peut la repérer chez tous les adeptes de collapsologie ou d'effondrement, hélas nombreux chez les écologistes. Ceux qui partagent cette croyance feraient mieux d'être qualifiés d'"effondrementalistes" au lieu d'écologistes. Après tout l'écologie, c'est étudier la relation entre l'homme et son milieu et non pas théoriser la fin de la civilisation humaine. 
Comment expliquer cette dérive ? Les auteurs d'un article que j'ai lu l'expliquent ainsi :  
"The authors go on to explain that our perception is so very wrong because our minds are paying attention to extremes – the very richest, very poorest, most violent and most corrupt aspects of our world – so that we end up with what they call the ‘overdramatic worldview’, which is pieced together by all the most dramatic aspects of our world, but has a massive blind spot for the world that is the reality of most people in the world. The overdramatic worldview leaves us with a picture of the world that includes all the stories that are in fact rare (the fact that they are extraordinary is why they are reported in the media), but which has no understanding of what is actually common."

La totalité de l'article est disponible ici.


Crise ou mutation ?

Pixabay Nombreux sont les commentateurs qui évoquent une crise environnementale ou écologique au sujet du climat tandis que d'au...