lundi 7 septembre 2020

Parution : Ivan Illich, L'homme qui a libéré l'avenir

 



Le journaliste Jean-Michel Djian a écrit un récit biographique sur Ivan Illich. Voici un extrait de la présentation de l'ouvrage par Edgar Morin.

Nul doute que, en nos temps troublés, les idées d'Ivan Illich vont prendre un nouveau relief. Il y eut deux avertissements solennels en 1970 pour dévoiler cette course folle entraînant l'humanité vers le pire : le rapport Meadows sur la dégradation extérieure de la planète, et celui d'Ivan Illich dénonçant la dégradation intérieure de notre civilisation.

J'avais, moi-même, dans les années 70, été frappé par sa manière toute nouvelle de transgresser les idées reçues sur l'école, l'hôpital, les transports, pour mieux nous prévenir de leurs contre-effets, lesquels me sont apparus de plus en plus avérés. Alors que la société industrielle et consumériste avait trouvé son rythme, il fallait en effet quelque audace pour prévenir des effets pervers de la croissance et du pillage de la planète. On se souviendra aussi qu'on lui doit d'avoir prôné le mot " convivialité ", si peu usité à l'époque. Ce n'est donc que justice d'exhumer son œuvre et son destin en consacrant à Ivan Illich ce récit biographique inédit.

[...]Nous devons, en effet, comprendre une fois pour toutes qu'il nous faut relier les savoirs et la connaissance pour penser une nouvelle voie, mais aussi abandonner le mythe de l'homme maître de son destin et de la nature pour, ensemble, l'explorer.


samedi 5 septembre 2020

Partages estivaux (4)

 La rentrée a eu lieu mais c'est encore l'été...



Je viens de lire le texte d'une conférence de Philippe Meirieu donnée en février dernier*. Certes on connait depuis quelques années l'engagement écologiste du pédagogue mais ici, Philippe Meirieu montre que le taylorisme - comme cela est raconté dans les dystopies citées lors de la conférence -  a pu investir investir l'Ecole traditionnelle et qu'il nous appartient d'y résister  : " il faut que notre conviction de l’éducabilité de chacune et de chacun ne se transforme pas en volonté de maîtrise et qu’elle s’articule en permanence avec un travail difficile mais essentiel d’accompagnement vers la liberté."

Dans ce texte, la pensée de Jacques Ellul n'est pas loin et je ne peux que m'en réjouir. Quelques extraits : 

 c’est effectivement Taylor qui a le mieux défini les principes organisateurs sur lesquels peut s’appuyer la rationalisation absolue des activités humaines : c’est bien dans le développement de la « maîtrise fonctionnelle » de ces activités, la définition des « unités opérationnelles » qui les composent, la mise en place des agents et des outils d’exécution, que réside la clé de « l’ordre social ». Grâce à Taylor, fini le désordre des actions individuelles approximatives, plus ou moins entachées d’affectivité, et qui compromettent l’unité politique et la poursuite du bien commun. Chacun doit être à sa place et y faire son travail, sans initiative intempestive. Peu importe au demeurant le type de coercition utilisée : la violence ou l’anesthésie progressive de la conscience, la persuasion rationnelle ou l’utilisation des pulsions les plus primitives… Le bolchevisme et le capitalisme peuvent rivaliser ici dans les moyens : ils poursuivent, en réalité, le même projet. [...]

Et nous oublions trop que l’œuvre de Taylor est tout entière basée - comme l’ensemble des activités scolaires « traditionnelles » - sur un axiome : l’impératif de lutter contre « la flânerie systématique ». Pour lui, devant un travail, il existe une tendance naturelle des individus à « flâner », à chercher des prétextes pour ne pas passer à l’acte et à aligner leurs performances sur les plus lents. Il convient donc de lutter contre cette flânerie en divisant le travail en exercices élémentaires, en éliminant tous les mouvements et activités inutiles, en chronométrant systématiquement les temps de réalisation, en évaluant rigoureusement les résultats, en classant les personnes en fonction de leurs performances, en fixant des pourcentages raisonnables de progression, etc. C’est que la « science du travail », telle que Taylor la décrit, est sans doute l’expression la plus parfaite des utopies de la rationalité appliquées à l’organisation des « sociétés humaines en général et de la société scolaire en particulier ». Cette dernière, s’appuyant sur l’axiome de « la paresse systématique » (« les élèves cherchent à en faire le moins possible et leur tendance naturelle est de rester dans la facilité et dans l’ignorance »), s’efforce, comme Taylor l’y invite, de mettre en place tous les moyens possibles d’« encadrement » éducatif permettant d’obtenir les meilleures performances possibles [...]

L’entreprise éducative est enfin efficace ! Car toute pédagogie authentique est ici congédiée. 

On aurait tort de penser que « tout cela n’est que littérature » : il n’y a pas un si grand écart entre ces dystopies régies par le taylorisme où l’on pratique la « puériculture » et les songeries du transhumanisme : dans un cas comme dans l’autre, il s’agit bien d’évacuer le sujet dans le processus de construction sociétal. Déjà, Gilles Deleuze nous avait mis en garde, en 1990, contre « les sociétés de contrôle » qui « opèrent par machines informatiques et ordinateurs » et dont « le contrôle continu et illimité des sujets est la fin dernière ». 

Pour lire le texte de la conférence, cliquer ici. (format pdf)

* Conférence donnée au colloque d'Yverdon sur "Pédagogies et utopies", 13, 14 et 15 février 2020.

vendredi 31 juillet 2020

mercredi 29 juillet 2020

Partages estivaux (3)




Quelques amants passionnés de la nature l'aiment surtout chez elle dans les coins reculés, au fond des bois, dans le creux des sillons, partout où le premier venu n'est pas admis à la contempler. Ils resteraient des jours, oubliant le temps et la vie à regarder dans les solitudes inviolées un oiseau construire son nid ou nourrir sa couvée, ou quelque gibier se livrer à ses gracieux ébats. C'est ainsi qu'il faut aller chercher le bien chez lui, là où il n'y a plus ni contrainte, ni pose, ni galerie d'aucune sorte, mais le fait simple d'une vie qui consiste à vouloir être ce qu'il est bon qu'elle soit, sans se soucier d'autre chose.
Charles Wagner, La vie simple, 1908


mardi 28 juillet 2020

Partages estivaux (2)




Les arbres, les arbrisseaux, les plantes sont la parure et le vêtement de la terre. Rien n'est si triste que l'aspect d'une campagne nue et pelée qui n'étale aux yeux que des pierres, du limon et des sables. Mais vivifiée par la nature et revêtue de sa robe de noces au milieu du cours des eaux et du chant des oiseaux, la terre offre à l'homme dans l'harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d'intérêt et de charmes, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son coeur ne se lassent jamais.
Jean-Jacques Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, 1782

Partages estivaux (1)

L'été est un moment propice pour ralentir, se ressourcer, en lisant, en renouant avec la nature. Plutôt que de commenter une actualité, ou morose, ou peu passionnante, voici quelques partages autour de notes de lecture et d'images.




Le massif du Mont-Blanc vu de l'Aiguille Croche

"Je savourais le plaisir de satisfaire complètement mes regards à la vue de ce que neiges, rochers, forêts et pâturages m'offraient de beau. Je planais à mi-hauteur, entre les deux zones de la terre et du ciel, et je me sentais libre sans être isolé. Nulle part un plus doux sentiment de paix ne pénétrait mon coeur." 





"Si je n'avais passé de longues heures, couché sur l'herbe, à regarder ou à entendre ces petits êtres, mes frères, peut-être aurais-je moins compris combien est vivante aussi la grande terre qui porte sur son sein tous ces infiniment petits et les entraîne avec nous dans l'insondable espace".



dimanche 24 mai 2020

Mieux lutter contre les épidémies, par l'Institut Pasteur



Cette communication de l'Institut Pasteur mérite d'être lue au sujet de l'épidémie présente et de celles à venir :
"Quel que soit l’agent pathogène, divers facteurs favorisent la survenue d’épidémies.
Citons l’accroissement de la population mondiale, quadruplée au XXème siècle, et sa concentration dans des mégalopoles;
les transports aériens, qui permirent par exemple au virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) apparu en Chine en 2002 de gagner 6 pays, dont le Canada, en moins d’une semaine ;
les conflits (une épidémie de choléra a sévi récemment au Yémen) -,
la déforestation qui met l’Homme au contact d’animaux vecteurs de nouveaux pathogènes (60% des virus émergents chez l’Homme proviennent d’animaux) ;
le réchauffement climatique, qui contribue notamment à l’installation du moustique-tigre – potentiellement vecteur du Chikungunya, de la dengue ou du virus Zika (voir Entretien) - en France, où il est désormais présent dans 66 départements métropolitains, et en Europe, constituant une nouvelle menace."
Pour lire l'article en entier, cliquer ici.

EHPAD, covid, humanité...



Je fais miens ces propos de Stéphane Audoin-Rouzeau : "Je reste sidéré, d’un point de vue anthropologique, par l’acceptation, sans beaucoup de protestations me semble-t-il, des modalités d’accompagnement des mourants du Covid-19 dans les Ehpad. L’obligation d’accompagnement des mourants, puis des morts, constitue en effet une caractéristique fondamentale de toutes les sociétés humaines. Or, il a été décidé que des personnes mourraient sans l’assistance de leurs proches, et que ce non-accompagnement se poursuivrait pour partie lors des enterrements, réduits au minimum. Pour moi, c’est une transgression anthropologique majeure qui s’est produite quasiment « toute seule ». Alors que si on nous avait proposé cela il y a deux mois, on se serait récriés en désignant de telles pratiques comme inhumaines et inacceptables."
Derrière ces propos, on peut déceler une libération de la parole ou une levée d'un tabou sur la qualité des soins. Ici Audoin-Rouzeau évoque les EHPAD mais il me semble que sa réflexion vise plus le caractère déshumanisé d'une certaine médecine que la question des "vieux".  
On peut rapprocher ce qu'il dit sur la fin de vie en EHPAD à la fin de vie en hôpital. 
De même, certaines mesures sanitaires, techniques ont été en fait un moyen, pas forcément conscient, d'éloigner des soins ou de l'accompagnement des personnes hospitalisées, les proches. Ainsi le mari lors de l'accouchement, ainsi le conjoint ou un proche lors d'une séance de chimio. 
Comme je l'ai dit à plusieurs reprises ici ou là, c'est l'illustration parfaite de ce que dénonçait Ivan Illich dans la "Nemesis médicale".
Quant au sujet des "vieux", il est nécessaire de nommer le choses en parlant d'abandon. 
On rejoint là le sujet de la culture du déchet. Celui qui est fragile, malade, vieux, handicapé, ou trop jeune parfois, disons tout ce qui n'est pas bankable et rentable est délaissé, abandonné, ou alors il faut payer. 
Mon père a longtemps été facteur, il n'est plus là depuis 25 ans, mais je n'ose imaginer ce qu'il aurait pensé en voyant que les services rendus aux personnes âgées sont désormais une offre payante de la Poste et les facteurs qui rendent des services gratuitement "comme avant" sont sanctionnés. 
Quelle est la part de complicité de la société entière ? 
Quel que soit le sujet (les EHPAD, la technique, le grand âge, la fin de vie, la maladie, la naissance aussi), il s'agit d'une dépossession de nos propres vies au nom d'une médicalisation de tous les grands moments de la vie. Une médicalisation qui, associée et confrontée à des enjeux financiers, peut s'avérer fort coûteuse sur le plan humain. 
Cela était visible avant le covid-19, encore plus maintenant.
Ces questions sont posées plus que jamais :
Au sujet du vieillissement de la population et du devenir des seniors, deux interrogations qui ne valent pas que pour cette période de crise sanitaire :
- les gains d'espérance de vie se traduisent-ils donc forcément par une augmentation de la dépendance ? Quelle prévention, quelle politique de santé pour éviter cela ?
- Regrouper les gens par âge et par état de santé est-il pertinent ? Quelle place notre société souhaite accorder à la personne dite "âgée" ?

Réouvertures des cultes



J'étais mitigé concernant l'interdiction et la réouverture des cultes. 
Dans ma paroisse, en temps normal, nous sommes loin de remplir une église lors des dimanches ordinaires. Aussi il serait très simple de respecter une distance physique. Le moment le plus critique étant celui de la communion... Cependant, le public est plutôt majoritairement fragile en raison de l'âge ou de l'état de santé... 
J'aime ce dessin humoristique que l'on voit sur les réseaux sociaux dans lequel on voit Satan dire : grâce au covid-19, j'ai réussi à interdire l'accès aux églises, et Dieu lui répondre : ah bon, moi avec le covid, j'ai réussi à faire entrer l'Eglise dans chaque maison...
Mais, si on pousse le raisonnement jusque au bout, pourquoi interdire les cultes dès lors que les écoles sont rouvertes ? On ne peut alors que se satisfaire de la décision du Conseil d'Etat :
"Le juge des référés du Conseil d’État ordonne au Gouvernement de lever l’interdiction générale et absolue de réunion dans les lieux de culte et d’édicter à sa place des mesures strictement proportionnées aux risques sanitaires et appropriées en ce début de « déconfinement".
Enfin, les recommandations sanitaires de mon diocèse me semblent parfaitement responsables et prudentes. 
Dès lors, les récentes polémiques sont quelque peu hors sujet. Rendons grâce, et appuyons-nous sur la foi, l'espérance et l'amour...



vendredi 22 mai 2020

La nature interdite



Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la tête des technocrates pour nous interdire cela pendant 2 mois... Leur méconnaissance et leur peur de la nature ?
Ou peut-être savent-ils que les promeneurs sont des gens qui savent ralentir, se ressourcer, et ainsi méditer, réfléchir, penser tout simplement.
Et lorsqu'on pense, on est libre, donc moins rentable. Je crains que c'est le même principe qui s'applique aux plages, être immobile, s'asseoir même si on respecte les distances, verboten !
Bouger, oui. Celui qui bouge est productif et rentable...

mardi 14 avril 2020

Vers la civilisation du temps libéré ? #confinement #covid



Abdennour Bidar, philosophe, déjà cité sur ce blog, est l'héritier et le continuateur des penseurs de l'écologique politique (Ellul, Gorz, Illich,...).
S'il reste un optimiste, sa réflexion, son esprit critique permettent de penser la pandémie pour tenter de se libérer des chaines de l'argent. Avant la pandémie, nous étions aliénés par le temps et la recherche d'argent. Après la crise, cela risque d'être pire si l'on s'habitue aux discours tenus pendant le confinement. Cf. ce qu'il explique dans sa tribune publiée dans le Huffington Post, à lire ici.

En voici quelques extraits : 
L’épreuve à elle seule ne sera pas salvatrice. Bien au contraire, elle risque fort de nous précipiter demain dans une situation bien pire. [...]

On repassera de l’arrêt total à l’agitation totale, de l’anormalité extraordinaire du confinement immobile à l’anormalité ordinaire de l’affairement fébrile. Deux extrêmes, deux folies, deux enfermements en réalité, l’un chez soi, l’autre perpétuellement “hors de soi” dans une existence éparpillée entre mille buts et tâches qui n’ont pour la plupart à peu près rien à voir avec l’essentiel de ce qui devrait nous occuper.[...]

on peut raisonnablement prévoir que ce régime va se durcir dans des proportions inconnues jusqu’ici, jusqu’à l’insupportable. Pourquoi? Parce que le système va mettre tout le monde à marche forcée pour “faire repartir l’économie”. Il va vouloir récupérer l’argent qu’il a perdu, et nous édifier pour cela avec des grandes leçons de “solidarité collective”[...]

 Voilà le dénominateur commun de toutes nos crises: la souffrance ou rupture de nos liens essentiels, notamment ce triple lien vital qui nous fait respirer, ouvrir grands nos poumons et notre cœur, grandir en humanité: le lien à soi, le lien à l’autre, le lien à la nature. Avec ce triple lien viennent naturellement pour nous le sens et la joie de la vie. Ni plus ni moins.[...]

 À chacun de trouver sa façon, de mettre ou remettre sa vie dans l’alignement de son moi profond; de faire quelque chose pour le bien commun; de retrouver un contact vivant et régulier avec la terre, l’eau, les arbres, les animaux, le ciel. Et pendant ce temps du confinement qui nous est imposé, c’est peut-être la première question avec laquelle nous avons rendez-vous: quels sont les liens que je peux réparer?[...]

Inventons donc ce qu’André Gorz appelait déjà au XXème siècle “la civilisation du temps libéré”. Et puisque toute lutte politique doit commencer par une revendication concrète, dont le bénéfice parle à tout le monde, je propose ainsi que ce revenu universel devienne maintenant l’étendard de ralliement de toutes les Tisserandes et tous les Tisserands du monde. Car lui seul pourra nous permettre de reprendre la maîtrise de notre temps… [...]

La vidéo de cet article :



Parution : Ivan Illich, L'homme qui a libéré l'avenir

  Le journaliste Jean-Michel Djian a écrit un récit biographique sur Ivan Illich. Voici un extrait de la présentation de l'ouvrage par E...